Emily in Paris

Emily in Paris : une comparaison interculturelle franco-américaine ?

Aujourd’hui nous allons aborder un sujet un peu plus divertissant avec la série Emily in Paris.

Des analyses interculturelles peuvent exister au sein de multiples œuvres, que ce soit dans la littérature, le cinéma, la musique… La série en question a été fortement décriée pour ses stéréotypes sur la société française tirés par les cheveux. 

Emily in paris dépeint l’histoire d’une jeune Américaine qui se rend à Paris pour travailler en agence marketing. Elle possède au départ une idée romancée et idéalisée de la ville. Elle se heurte cependant à de nombreux chocs culturels qui remettent en cause sa vision de Paris et des Français. 

La série se veut légère, et cumule ainsi les clichés dans un but humoristique. Néanmoins, on peut en tirer quelques clés interculturelles.

La série souhaite d’ailleurs aussi apporter une perspective éducative. Ainsi, on apprend qu’en France le first floor est le rez-de-chaussée et non pas le premier étage, qu’il faut faire la bise pour saluer… On apprend aussi les concepts de chambre de bonne et d’être un nez en parfumerie.

Premier cliché : les Français sont désagréables ?

Tout est là pour nous le rappeler dans la série.

Le premier employé qu’Emily croise ne lui dit pas bonjour et ne lui sourit pas. Sa manager ne cache pas sa déception lorsqu’elle apprend qu’Emily ne parle pas français. Elle lui fait remarquer par quelques remarques cinglantes. Le fondateur de l’entreprise critique allègrement la spécialité culinaire de Chicago alors même qu’il rencontre Emily. Il observe qu’aux Etats-Unis, « tout le monde est si gros ». Lors de la première prise de parole d’Emily en réunion, une employée quitte sa chaise sans dire un mot sous prétexte qu’elle ne comprend pas l’anglais. Elle refuse par la suite toute interaction avec elle malgré les efforts d’Emily pour traduire son discours. 

Il est bien connu que les Français ont cette réputation d’être impolis et peu accueillants. Notamment pour les Américains, qui sont à l’opposé très souriants et polis avec les nouveaux venus. Les Français sont donc vu comme des individus désagréables au possible par les Américains. Ces derniers sont vus comme des hypocrites par les Français.

Aux Etats-Unis, adopter un sourire de façade est un moyen d’inviter l’autre à partager, et indique un sentiment de bienveillance. Cela est aussi le cas dans une moindre mesure en France. Cependant, trop sourire est perçu comme un signe de fausseté et il peut au contraire rendre l’interlocuteur méfiant. Par ailleurs, comme l’indique la manager d’Emily, « si tu continues à sourire, les gens vont penser que tu es stupide ». Dans le cadre professionnel, trop sourire peut parfois être pris comme un manque de sérieux. Il peut même porter à confusion ; on peut croire que l’autre sourit car il se moque de nous ! 

Les « cultures de sourire » sont très relatives. Même un Français qui, pour un Américain, sourit très peu, peut être choqué par des habitants d’Europe de l’Est ou de Russie chez qui sourire est encore moins présent culturellement.  

Par ailleurs, les Français sont plus directs dans l’expression de leurs émotions. Lorsqu’ils n’apprécient pas quelqu’un, il est beaucoup plus facile de le voir que chez les Américains. Emily, en pensant bien faire à sourire et à être surenjouée, paraît fausse aux yeux de ses collègues. Elle ne gagne le respect de ses collègues qu’en répondant à l’un « va te faire foutre », en révélant sa vraie pensée. On note quand-même que la série ne fait pas preuve de beaucoup de réalisme, puisque cette phrase reste hautement inappropriée dans un contexte professionnel, même en France ! 

On aperçoit aussi une réalité culturelle. Même si les Français peuvent parfois paraître antipathiques aux premiers abords, une fois la relation de confiance créée, ils peuvent être très bienveillants. Au contraire, aux Etats-Unis, les individus paraissent chaleureux au départ, mais il est difficile de savoir s’ils nous apprécient vraiment ou non. Dans la série, si la boulangère se montre au départ fort désagréable avec Emily, elle se retrouve à faire des selfies avec elle quelques temps après. 

Deuxième cliché : les Français ne veulent pas parler anglais ?

La nuance est ici : il ne s’agit pas du fait qu’ils ne peuvent pas, mais qu’ils ne veulent pas. 

Dans la série, une employée qui ne parle pas anglais refuse toute communication avec Emily. La boulangère, elle, la corrige sur son français. Sa manager la reprend froidement sur sa prononciation. Lorsque Emily tente de parler anglais, beaucoup de ses interlocuteurs s’obstinent à lui répondre en français ou l’ignorent. 

La France n’est pourtant pas un cancre dans l’apprentissage de l’anglais. La plupart des jeunes, ainsi que de nombreux travailleurs, ont une compréhension relative de la langue et peuvent au moins s’exprimer de façon basique. Nous utilisons également de nombreux mots de vocabulaire anglais dans le cadre professionnel ; marketing, meeting, data, business… Alors pourquoi ce refus de s’exprimer en anglais ?

La réponse tient peut-être à l’éducation en France. Il est courant, à l’école, de pointer du doigt les erreurs des élèves. Une grande pression est liée à l’échec. Or, lorsque l’on communique dans une autre langue, il est au départ presque inévitable de faire des erreurs. Cette peur de l’échec peut justifier un abandon complet de la communication en anglais. Aux Etats-Unis, au contraire, les échecs sont moins décriés et chaque réussite, même bénigne, est mise en avant. 

Troisième cliché : les Français ne sont pas professionnels ?

On le voit dans la série ; la manager d’Emily arrive presque une heure en retard sans excuse, les pauses déjeuner sont longues. Quand Emily a le malheur d’évoquer de nouvelles idées marketing lors d’un afterwork, on la critique : « tu es à une soirée, pas à une confcall »

Pour des Américains, les Français peuvent sembler peu professionnels sur certains points. 

En effet, les Américains ont une culture dite spécifique. Cela signifie qu’ils séparent de façon stricte leur vie professionnelle et personnelle, comme l’affirme d’ailleurs clairement Emily dans la série. Dans le cadre professionnel, il est donc moins courant de discuter de sa vie personnelle avec ses collègues. Pour faire des affaires, il est moins important d’avoir une bonne relation avec son partenaire commercial, plutôt que d’être réellement efficace.

En France, au contraire, il est plus courant de mélanger vie professionnelle et personnelle ; on dit que la culture française est diffuse. Prendre un verre avec son fournisseur ou son prospect afin de bâtir une relation de confiance est bien plus courant qu’aux Etats-Unis. 

Par ailleurs, la France est une culture relativement féminine. Elle favorise l’équilibre entre le travail et la vie privée, et valorise le bien-être et l’accomplissement en dehors du travail. A l’inverse, les Etats-Unis sont une société dite masculine. Elle valorise la réussite et le dépassement de soi au travail, et les longues heures supplémentaires. Comme expliqué dans la série par un collègue français d’Emily, « vous vivez pour travailler, nous travaillons pour vivre ». Bien que de façon un peu stéréotypée, car il ajoute aussi niaisement « tu es heureuse au travail ? Je crois que tu ne sais pas ce qu’est le bonheur », il souligne que la réalisation de soi ne passe pas que par le succès professionnel. 

Le manque de professionnalisme français est aussi souligné par le retard des employés au travail. Comparé aux Américains, nous ne sommes en effet pas à cheval sur l’heure. Les Etats-Unis sont une société dite monochronique, où la ponctualité est fortement valorisée et le temps est rigide. Même 5 minutes de retard peuvent être mal vues.

En France, à l’inverse, débuter une réunion 5 minutes en retard est très courant. La France est un pays relativement polychronique, où la conception du temps est plus souple. Cela n’empêcherait pas un Français d’être choqué par le manque de ponctualité d’un Brésilien ou d’un Egyptien. La conception du temps est très variable selon les cultures. 

Emily in Paris : des savoirs à prendre et d’autres à laisser

Le but d’Emily in Paris n’est bien entendu pas d’être réaliste ou de présenter une analyse culturelle. Il s’agit de faire rire et voyager ses interlocuteurs. Les traits culturels français présentés sont disproportionnés. Le baisemain est plusieurs fois utilisé même dans des contextes professionnels, les employés fument à l’intérieur de leur bureau, la fleuriste refuse de vendre les roses qu’Emily souhaite acheter, et l’hôte d’Emily refuse de lui faire visiter sa maison sous prétexte que ce n’est pas une coutume française. 

Par ailleurs, les Français sont dépeints comme particulièrement hautains et peu professionnels. Ils appellent leur collègue « la plouc » sous son nez, à affirmer qu’ils sont « les maîtres en réseaux sociaux ». Emily elle-même cumule les absurdités culturelles. Elle porte un béret, et affirme qu’elle est plus à même de gérer la stratégie de communication digitale de l’agence car elle « vient du pays où les réseaux sociaux ont été inventés ». Il est aussi drôle de la voir expliquer aux employés d’une agence de marketing des évidences telles que ce qu’est le tracking ou qu’il est important d’engager sa communauté. 

Cependant, la série évoque quelques stéréotypes ayant leur part de vérité, que nous avons évoqués ici. Emily in Paris se regarde néanmoins d’un ton léger. La série permet d’avoir un autre regard sur la ville de Paris, où « tout ressemble à Ratatouille ».  

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Crédit photo : Mehmet Turgut Kirkgoz

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Moi c'est Célia ! J'ai toujours été attirée par les cultures étrangères. Après mon Master en Négociation Internationale et Interculturelle et mon année d'étude au Japon, j'ai décidé de me spécialiser dans ma passion; découvrir d'autres cultures. Je vous partage ici mes connaissances sur l'interculturalité et l'international. N'hésitez pas à me contacter pour voir comment je peux vous aider ou tout simplement pour discuter interculturalité !
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